Pâques il y a 700 ans à Toulouse : le dernier bucher contre l'église
cathare
Le vendredi 10 avril 1310, Pèire Autier -dit l’Ancien- montait sur le bûcher dressé devant la cathédrale Saint-Etienne à Toulouse par l’inquisition. Ainsi un siècle
après l’invasion et l’annexion des terres occitanes par les croisés de l’île de France et 66 ans après le bûcher de Montségur, disparaissait la dernière résistance à l’ordre établi, royal
français et catholique.
Les grandes rafles organisées par l’inquisition toulousaine de 1307 à 1310, de Villemur en Bas-Quercy au Lauragais, ont semé la terreur dans le pays et aboutirent à l’arrestation des principaux
croyants de la dernière église cathare en Occitanie, incarnée par la figure emblématique de Pèire Autier : le pouvoir théocratique avait décidé d’éradiquer d’une manière absolue toute
contestation cathare, avec l’appui inconditionnel du pouvoir royal français.
Ainsi le dimanche 5 avril 1310 se tint à Toulouse « le sermon général » de l’inquisiteur Bernard Gui, qui concernait une centaine de personnes : 18 seront condamnées au port de croix jaunes sur
leurs vêtements ; 61 envoyées au Mur – la prison perpétuelle- ; six anciens croyants déterrés et brûlés, plusieurs maisons d’hérétiques détruites ; et enfin 17 sentences pour le bûcher seront
lues en occitan et en latin.
Des bûchers fumeront dans le cimetière Vieux de Saint-Etienne durant plusieurs jours … jusqu’à celui de Pèire Autier le vendredi 10 avril, qui marquera le triomphe définitif de l’inquisition
contre l’esprit de tolérance.
On peut dire, comme l’historienne Anne Brenon, que si les structures de l’Eglise cathare étaient bien adaptées au type de société décentralisé et non répressif dans les principautés occitanes
des XIIe- XIIIe siècles avant l’invasion de 1209, la centralisation monarchique qui s’opérait depuis le milieu du XIIIe siècle devait leur être fatale !
Après les cathares, l’inquisition s’attaquera à d’autres personnes qui osaient penser différemment. On retrouvera les mêmes formules dans les procès contre les Vaudois, les spirituels
franciscains prônant la pauvreté et la non-violence, les Templiers (avec Philippe-le-Bel), la sorcellerie, Jeanne d’Arc, Galilée, les protestants… Au XXe siècle enfin, les idéologies totalitaires
seront filles de l’inquisition médiévale.
Et aujourd’hui encore, la « Congrégation pour la doctrine de la foi » -héritière de l’inquisition pontificale- qui fut présidée par le cardinal Ratzinger jusqu’à son élection comme pape (Benoît
XVI), n’a toujours pas changé son opinion sur l’excommunication de Raimon VI, qui devait provoquer à terme l’annexion du comté de Toulouse à la France, par la force des armes, la torture et le
feu des bûchers.
Georges Labouysse