Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Partit Occitan - Pais Tolosan - Actualitats - Blog - News

Actualitats dèu Partit Occitan dèu Pais Tolosa. Actualités du Partit Occitan du Pais Tolosan

Lo mite Ferry e la republica coloniala

Publié le 23 Mai 2012 par Partit Occitan Pais Tolosan in Contributions - Divers

FerryLe mythe Ferry et la république coloniale

« Les races supérieures ont un droit sur les races inférieures »…
… « Les colonies sont pour les pays riches un placement de capitaux des plus avantageux »
Jules Ferry, Assemblée Nationale


Lors de son investiture à la présidence de la république le 15 mai 2012, François Hollande choisit d’honorer la mémoire de Jules Ferry comme symbole de l’école républicaine et de la laïcité. Mais cette référence était-elle bienvenue ?


En effet, si les lois Ferry sur l’école sont considérées comme un acquis républicain fondateur, on peut s’interroger sérieusement sur la politique coloniale de la IIIe république inspirée par Jules Ferry, dont nous subissons aujourd’hui encore les conséquences. Et malgré les réserves exprimées par notre nouveau Président, il faut rappeler que l’accession au pouvoir de Jules Ferry a signé le vaste élan de la conquête d’un nouvel empire : protectorat français sur la Tunisie sous son premier ministère (sept 1880 – nov 1881) ; conquête de l’Annam et du Tonkin, poursuite de la colonisation du Congo et intervention à Madagascar sous son second ministère (fév 1883 – mars 1885). Dans « Les Affaires de Tunisie » en 1882, il écrit : « La concurrence est de plus en plus ardente entre nations européennes, pour se disputer ces débouchés lointains, ces stations aux portes de la barbarie, qu’un instinct sûr indique à la vieille Europe comme les têtes de pont de la civilisation et les voies de l’avenir. […] Il n’y a rien à retrancher, rien à dédaigner, rien à laisser en friche dans notre domaine colonial. Il faut le conserver et le féconder, il faut l’étendre partout où il est manifeste qu’étendre est le seul moyen de conserver. »

 

ColoniesLe 28 juillet 1885 lors d’un débat parlementaire, Jules Ferry répond au radical Pelletan qui conteste la politique coloniale de la France, en justifiant celle-ci par un « devoir et un droit » qu’auraient « les races supérieures » d’apporter leur mode de civilisation aux « races inférieures » : « Je soutiens que les nations européennes s’acquittent avec largeur, avec grandeur et honnêteté de ce devoir supérieur de civilisation. Est-ce que vous pouvez nier qu’il y a plus de justice, plus d’ordre matériel et moral, plus d’équité, plus de vertus sociales dans l’Afrique du Nord depuis que la France a fait sa conquête ? »


Et Jules Ferry de poursuivre son intervention en affirmant que la France doit être une « grande nation »,
et doit rayonner sur le monde entier sans se laisser distancer par les autres états européens, dont les rivalités
coloniales et la course aux armements devaient provoquer l’éclatement de l’Europe en 1914, et plonger
notre continent dans un demi-siècle de guerres et de dictatures féroces ; sans oublier leurs conséquences dans
le monde entier, aujourd’hui encore en orient par exemple mais aussi en Afrique.


On ne peut pas séparer la politique coloniale de Jules Ferry de sa politique scolaire. Son long passage au ministère de l’Instruction publique a donné lieu à un « matraquage » systématique des maîtres autour de leur formation patriotique, qu’ils devaient inculquer aux élèves, en même temps que s’engageait une guerre impitoyable contre les langues historiques de France . L’hebdomadaire « L’instruction primaire » jouera dans ce contexte un rôle primordial : « La patrie notre grande famille, a droit à toute notre affection, à tout notre dévouement. Nous devons nous sacrifier pour la défendre ; nous ne sommes pas nés pour nous mais pour elle. Le drapeau est le symbole de la patrie. […] Les maîtres n’oublieront pas que c’est surtout par l’étude de l’histoire nationale, où se rencontrent si souvent les mots de patrie et de patriotisme, qu’ils arriveront à faire l’éducation de ce patriotisme et à produire sur l’esprit et le coeur de leurs élèves une impression forte et durable. […]Nous demandons aux institutrices de former […] des françaises […] prêtes, enfin, le jour venu, à confondre dans une même pensée ce culte : le drapeau, et cette religion : la patrie. »
Quant à « La Ligue de l’Enseignement », elle avait pour devise : « Pour la patrie, par le livre et par l’épée »…


LavisseAinsi donc, une nouvelle religion est née, Ernest Lavisse en écrira le catéchisme inspiré de Michelet, qui sera enseigné à tous les enfants de France, d’Afrique et des DOM-TOM, et qui conditionnera la vie politique, sociale et diplomatique de l’Etat jusqu’à nos jours avec la « France-Afrique »… Lavisse s’adresse aux instituteurs de l’Ecole Normale en 1885 : « A l’enseignement historique incombe le devoir de faire aimer et de faire comprendre la patrie.[…] Si l’écolier n’emporte pas avec lui le vivant souvenir de nos gloires nationales ; […] s’il ne devient pas un citoyen pénétré de ses devoirs et un soldat qui aime son fusil, l’instituteur aura perdu son temps. »


Suzanne Citron, maître de conférence à Paris XIII, écrivait en 1992 : « La France de la IIIe République, dirigée par un personnel politique qui, en majorité, a partie liée avec les grandes Affaires, n’a jamais été une République sociale. D’autre part, de puissants courants racistes, antisémites et xénophobes n’ont cessé de se manifester dans le pays jusqu’à ce que le régime de Vichy leur donne valeur d’institution. Et l’empire colonial de la IIIe République s’est construit sur l’idée de la supériorité des Français sur les indigènes. L’école de Jules Ferry ne cherchait nullement l’éveil du sens critique qui ne se cultivait qu’au lycée. Elle voulait remplacer la soumission à l’église catholique par une autre religion aussi dogmatique : la République et la France comme absolu. A l’école primaire, chapeautée, comme tout l’enseignement public, lycée compris, par une administration centralisée, hiérarchisée et autoritaire, les leçons de morale enseignaient l’obéissance et le respect de l’ordre établi ».


Un nouveau quinquennat vient de s’ouvrir. Mettra-t-il fin à la politique coloniale de la France inaugurée par Jules Ferry voici près de 130 ans et consolidée par la conférence de Berlin en 1884, dont les problèmes de l’Afrique d’aujourd’hui sont la conséquence. On l’a vu avec l’affaire Elf au Gabon instruite par Eva Joly et on le voit avec l’exploitation de l’uranium dont dépend le tout-nucléaire français.


La France a construit là-bas des Etats artificiels à l’image de la république française « une et indivisible » sans tenir compte des populations différentes qui ont été englobées dans ces Etats, voire scindées en plusieurs « morceaux », comme l’ont été ici en Europe les Basques et les Catalans de part et d’autre des Pyrénées, ou en orient les Kurdes sur quatre Etats nouveaux après 14-18 (Irak, Iran, Syrie et Turquie).


Les problèmes du Mali, la « rébellion » des Touaregs spoliés de leurs territoires, etc… montrent l’urgence d’une mise à plat de ces questions et de la définition d’une nouvelle coopération entre la France, voire l’Europe et les peuples d’Afrique.
Enfin en ce qui concerne les langues et cultures historiques de France d’une part et les pouvoirs régionaux d’autre part, le nouveau gouvernement aura-t-il la volonté de mettre en oeuvre une politique de rupture avec l’Etat-nation « un et indivisible » du 19e siècle, et d’impulser une véritable construction politique de l’Europe ?

 

Georges LABOUYSSE

 

Pour en savoir plus :
- Suzanne Citron, Le mythe national (Ed. ouvrières Paris, 1991) et L’Histoire de France autrement (Ed de l’atelier, Paris 1992)
- Georges Labouysse, Histoire de France, L’IMPOSTURE (IEO,2007)
- Alem Surre Garcia, La théocratie républicaine (Ed L’Harmattan, 2010)

Commenter cet article